Nous voila a Pushkar, la ville des gens cool qui veulent avoir la paix, cultiver leur moi interieur et developper leur technique du yoga, de la danse des tablas ou de la sitare.
Et si en plus l'herbe est bonne alors...
Bref, dans ce petit village touristique deambulent en concert les babas quinqua, les punk new wave des annees 80 et les djeuns cool des annees 2K tous habilles dans des tenues larges a
pendantes quand la majorite des indiens sont en jean chemise...
Bref, comme l'ambiance s'y pretait, nous avons decide de prendre un cours particulier de tablas et sitare.
Le prof est sympa et nous explique qu'il fabrique lui meme ses instruments. A premiere vue, ils m'ont l'air assez bien realises.
Je decide donc de m'offrir des tablas.
Jusque la tout va bien.
Je propose ensuite a un ami, guitariste de son etat, de lui rapporter une sitare s'il reagit assez vite. Malheureusement, avec le decalage, je ne parviens a avoir sa reponse positive qu'a
22h30 heure locale.
J'appelle le prof qui m'a laisse son portable, il est reveille et me dit de passer maintenant.
Je sors de mon cafe internet pour m'apercevoir qu'en Inde, la nuit est noire...
Pas du genre a me laisser impressionner par les fantomes de l'enfance, je marche d'un pas decide vers l'ecole de musique.
Seulement, il faut savoir que l'emplacement de l'ecole est deja glauque de jour, que la ruelle qui y mene est surveillee par un chien agressif sur un toit et que cette nuit, il n'est pas tout
seul.
En Inde, autant le jour appartient aux vaches, autant la nuit appartient aux chiens. Ils sont des dizaines a errer dans les rues, a provoquer des rixes ou simplement a proteger leur territoire par
des aboiements vindicatifs.
Toujours est-il que dans le quartier de l'ecole, le club des chiens affames anonymes avait rendez-vous et tenait fort bruyante conversation et cela exactement dans LA ruelle que je devais emprunter
!
J'hesite un instant, suis sur le point de prendre mon courage a deux mains (si si, j'allais le faire) quand le prof arrive avec ses deux mains a lui tant et si bien que mon courage s'est trouve
mieux tenu.
Nous allons chez lui et discutons des conditions pour finalement tomber d'accord sur un prix. Nous decidons d'aller chercher l'argent (il doit etre 23h passe).
Alors qu'il enfile un pantalon decent, la conversation s'anime dans la maison jusqu'alors silentieuse et des lumieres s'allument a l'etage. Le ton monte un peu quand d'un coup arrive un type
qui avale les marches 4 a 4 et vient insulter mon hote avec un hindi des plus indechiffrable.
Les gros mots fusent et c'est le premier coup de poing et puis le deuxieme et puis tous leurs copains tirages de chemise, de cheveux, coups de pieds et compagnie. Je m'ecarte juste a
temps puisque mon professeur fuit avec un baton poursuivit par le type avec un autre baton.
Ils ne vont pas bien loin et c'est bouche bee que j'assiste a un combat de corps a corps meme pas pour rire. Bien sur, entre temps, tous les voisins s'etaient reveilles et dans la cohue en bas des
marches, les uns separent, les autres rencherissent de coups et les spectateurs encouragent ou insultemt.
L'affaire semble concerner tout le monde, en tout cas, tout le monde semble avoir 2-3 explications a fournir et la conversation a du mal a avancer. Un jeune homme de quinze ans sort de la
maison et vient a mon niveau la tete enfarinee de fatigue. Une jeune mere, cachee derriere son voile rose, lui conseille de maniere fort mal aimable de rentrer a la maison ce que le jeune
homme refuse de faire.
En bas, les beligerants sont separes et mon hote qui pour l'instant etait sauve dans mon jugement puisqu'agresse monte a son tour la volee de marches, saisit le jeune homme par les cheveux et
commence a lui assener une franche serie de claque de plat et de revers. Le petit gars se defend a coup de poings, les voisins arrivent en trombe et le pugilat collectif repart. Meme la femme que
j'avais jugee a l'ecart se met a tirer les cheveux de mon hote.
Je me tiens un peu eloigne, a 5m, accompagne d'une voisine curieuse et ridee. Quand le groupe se separt a nouveau, j'en profite pour me rapprocher de mon professeur et je luis glisse:
"It's not a good night for a deal" ce a quoi il me repond encore en nage: "Yes, we'll discuss on the internet".
Je m'eloigne a nouveau car les insultes ne cessent pas. Je ne peux cependant pas partir car l'agresseur et sa troupe de supporter bloquent la ruelle.
Il ne me fallut pas attendre 30 secondes pour qu'un nouvel acces de rage les fasse monter sur le palier.
J'en profitait pour m'echapper.
Mais il y a les chiens.
On est 1h plus tard et ils ne sont pas ce qu'on peut appeler plus calme. Ils sont 5 dans la ruelle dont deux en querelle et la sentinelle sur sa terrasse en sus.
Je saisis une pierre en suivant la methode ancestrale enseignee par mon pere et me dirige d'un pas decide vers la troupe qui bloque la rue. Le premier va se cacher sans demander son reste, le
second part sur une interjection et les querelleurs fuient a la vue de ma pierre brandie en menace. Tendu, je tiens mon pas tout en surveillant d'un oeil les betes dans mon dos et en inspectant le
chemin a venir. Sur la placette encore 5-6 specimens puis 2-3 dans la rue de l'hotel. J'apercoit l'enseigne dans la penombre, j'accelere mon allure, ouvre le portillon d'un geste et referme
aussitot.
OUF...
Tant pis pour la sitare.
Pourvu que mon prof survive !