Mon arriere grand-mere est morte.
Hier.
Ca faisait longtemps qu'elle etait seule, donc morte, pour beaucoup. Mais la, c'est fini.
Ca me fait rien.
Alors forcement, j'ai peur.
La mort est bien sensee etre la chose la plus affreuse qui puisse nous arriver, puisque c'est la fin, la disparition, l'inexistence.
Mais quand est-elle morte vraiment ?
On se demande sans cesse quand un embrion est vivant mais sait-on quand on cesse de vivre ?
Quand le coeur s'arrete ?
Quand le cerveau s'arrete ?
Quand on ne compte plus pour personne ?
Tout ces gens s'ecroulent du haut de leurs annees dans l'oubli.
Socialement inaptes ou juste immobiles, parfois juste tristes ou solitaires.
Cette ailleule, sans rien faire, ou meme plus precisement parcequ'elle ne fera plus jamais rien, me renvoie mon image.
Regarde-toi, a l'heure de vivre comme tu seras a l'heure de n'en avoir plus envie.
Savoure ta detresse et ne fait pas de reserve, tu n'en manqueras pas.
Elle avait le coeur ferme, rempli de principes endurcis par l'age.
Elle avait la joue mole et l'oreille dure.
Elle nous disait a moitie courbee par sa tete ridee avec une voix chevrotante : "Pour tes etraines, gamin..."
Et nous repondions genes comme lorsqu'on recoit un bonbon d'un inconnu : " Merci meme !", avec un demi-enthousiasme feint et le gene de ne pas meriter.
Et elle nous posait une main tremblante sur l'epaule quand nous l'embrassions, comme pour nous signifier que les merci sont vains, qu'elle est juste fiere de nous avoir.
Pour nous remercier de notre ingratitude, elle est partie.
Sans jamais reussir a etre quelqu'un d'autre pour nous, quelqu'un qui compte.
Sans jamais trop essayer au fond...